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Histoire de Jacques-Joseph Cheval
par Suzanne St-Jacques, archiviste de
l’Association (03)
Celui que nous croyons être
l’ancêtre de tous les St-Jacques et Cheval du
Québec est Jacques Joseph Cheval. Né en 1697, il
est le fils de Thomas Cheval et de Gillette Neve de la ville de
Tournai en Belgique. Il se marie une première fois en
1725 et une seconde fois en 1743. Sa première
épouse est Marie Renée Cousineau, née,
baptisée, décédée et inhumée
à Montréal, fille de Jean Cousineau et de Marie
Besnard. Elle donne douze enfants à son époux. Sa
deuxième épouse est Geneviève Leduc, fille
de Charles Leduc et d’Angélique Chevalier,
laquelle aura six enfants. Bonheur et déception que
cette nombreuse marmaille puisque onze de ces dix-huit enfants
décèdent avant d’atteindre
l’âge adulte. Perruquier de son état
à son arrivée au pays, il deviendra aubergiste,
puis garde du port et huissier du Conseil supérieur de
Québec. Il meurt en 1757, le jour de son
soixantième anniversaire de naissance, et est
enterré à Montréal.
Cette brève présentation ne
nous apprend que peu de chose sur Jacques Joseph. Quand
exactement est-il arrivé au pays? A-t-il vécu
toute sa vie à Montréal? Était-il un homme
apprécié par ses concitoyens? Que sont devenus
ses enfants? Autant de questions auxquelles nous
répondrons dans le texte de l’histoire de Jacques
Joseph Cheval.
Le 20 juin 1693,Thomas Cheval et Gillette
Neve échangent leurs promesses de mariage en la paroisse
Notre-Dame de la ville de Tournai. À
l’époque qui nous intéresse, cette
région de la Belgique est une communauté
française. Quatre ans plus tard, c’est en la
paroisse St-Nicolas de cette même ville de Tournai
qu’ils font baptiser un fils qu’ils
prénomment Jacques Joseph. Son parrain est Jacques Gouy
et sa marraine Caroline Élisabeth Le Maire. Nous
supposons que c’est dans cette ville qu’il grandit,
apprit à lire et à écrire ainsi que son
métier de perruquier.
Au XVIIIe siècle, les capitaines
de navires n’étaient pas tenus de remettre une
liste de leurs passagers aux autorités des pays
où ils se rendaient. C’est pourquoi nous ignorons
la date exacte de l’arrivée en Nouvelle-France de
Jacques Cheval et le nom du vaisseau sur lequel il fit la
traversée.
Ce que nous savons par contre c’est
que le 27 juillet 1722, il se trouve à Ville-Marie
puisque à cette date il assiste au mariage de
Jean-Baptiste Huberdeau dit Lafrance, soldat de la compagnie de
Monsieur de Gannes, avec Charlotte Rouleau et appose son nom au
registre de la paroisse Notre-Dame en tant que témoin.
Le 7 février 1725 toujours
à Ville-Marie, il est parrain de Marie Josèphe,
fille de Jean Deslandes dit Champigny et de Josèphe
Serran dite l’Espagnole et la marraine est Marie
Cousineau, nièce de Jean Deslandes et Josèphe
Serran.
Le 14 août suivant, il est encore
une fois parrain. Cette fois-ci il s’agit du fils de
Charles Monarque et de Marie Dazé. La marraine est
Agnès Renaud et l’enfant reçu le
prénom de Jacques.
Arrivé à l’âge
de vingt-sept ans, Jacques Joseph décide de se trouver
une épouse et de fonder une famille. Son choix se porte
sur Marie Renée Cousineau qui était de
cérémonie avec lui au baptême de
Marie-Josèphe Deslandes. Marie Renée est la
septième d’une famille de (16) seize enfants.
Nous pouvons lire dans le registre de la
paroisse Notre-Dame ce qui suit : “le quatrième
jour du mois de septembre mil sept cent deux a
été baptizée par moy prêtre
soussigné faisant les fonctions curiales Marie
Renée fille de Jean Cousinot maçon et de Jeanne
Benard sa femme née le troisième jour de ce mois
et an le parein René Benard fils de feu Mathurin Benard
habitant de Chambly la mareine Marie Anne Beauvais fille de
Raphael Beauvais habitant de cette paroisse qui ont tous
déclarés scavoir signer de ce interpellé
suivant l’ordonnance R.C. De Breslay faisant les
fonctions curiales”
Le clergé, dans un désir
d’éviter les mariages consanguins, obligea les
couples désireux d’unir quand même leurs
destinés à payer une dispense. Ce même
clergé, soit par un excès de prudence ou
peut-être parce qu’il avait trouvé un moyen
de faire un peu d’argent à une époque
où il était rare, étendit cette obligation
aux couples ayant servi de parrain et marraine à un
même enfant. J’en déduit donc que Jacques
Joseph et Marie Renée payèrent cette dispense.
C’est en la maison de Jean
Deslandes dit Champigny devant le notaire Jean-Baptiste
Adhémar que, le 2 septembre 1725, l’on signe le
contrat de mariage. Pour cette occasion plusieurs parents et
amis se sont rassemblés. De la part du futur
époux l’on retrouve Charles Monarque, chirurgien,
Nicolas Louis Boulay, perruquier et Toussaint Rebou aussi
perruquier. De la part de la future épouse sont
présents : Jean Cousineau, son père, Jean et
Noël Cousineau, ses frères, Angélique et
Marguerite Cousineau, ses sœurs, François
Rivière et Cécile Cousineau, son
beau-frère et sa sœur, Pierre Grou et Jean Grou,
ses beaux-frères, René Bénard, son
parrain, Jean Deslandes dit Champigny et Marie Serran, sa
femme, ses oncle et tante et Jean-Baptiste Legau Delaurier, son
cousin. Pour la première fois de sa vie en
Amérique, notre ancêtre signe Jacques Joseph
Cheval dit Chevalier.
C’est le lendemain que M. Hourde,
prêtre missionnaire de la paroisse de St- Laurent en
l’île de Montréal donne à Jacques
Joseph et Marie Renée la bénédiction
nuptiale.
Les témoins de ce mariage sont,
à quelques personnes près, ceux qui ont
assisté à la signature du contrat de mariage.
Pour la dernière fois de sa vie, l’époux
signe Jacques Joseph Cheval dit Chevalier.
À l’occasion de la naissance
du premier enfant du couple, nous apprenons leur installation
à Québec. Le 8 juin 1726 à
Montréal, Marie Renée donne naissance à
une petite fille. L’enfant est ondoyée car ce
n’est que le 10 juin à St-François du Lac
que Marie Catherine est baptisée sous conditions. Son
parrain est Mathurin Desrosiers et sa marraine Catherine Hus.
Malheureusement, le 26 août 1726 à Québec,
l’enfant est inhumée.
Les Cheval restent à Québec
environ neuf ans. Sept de leurs enfants y sont nés :
Jacques en 1727, Paul Antoine François en 1728, Pierre
François en 1729, Pierre Joseph en 1731, Antoine en
1732, Antoine en 1733 et Angélique en 1735. Le premier
Antoine est décédé à
l’âge d’un an et fut inhumé à
Lorette, le deuxième Antoine à trois (3) ans et
Angélique à l’âge de deux (2) ans.
Ces deux derniers furent inhumés à Québec.
Peu de choses nous restent de ce
séjour à Québec. Nous savons par contre
que le 30 octobre 1731, Jacques Joseph Cheval loue de
Marguerite Maillou, et ce pour une période de trois ans,
une maison située sur la rue de La Montagne, avec
hangar, cour et jardin. Le loyer est de cent vingt livres par
année payable de trois mois en trois mois. Le 15
décembre de la même année, à la
requête de la mère St-Michel, dépositaire
des Ursulines, il y eut assignation de J.J. Cheval dit
St-Jacques pour le pacage d’une vache durant tout
l’été. Le 12 janvier 1733, Jacques Joseph
Cheval dit St-Jacques signe un traité de
société avec Nicolas Diverny. Cette
dernière société ne fut sûrement pas
un succès puisqu’en date du 18 mars 1735, la
prévôté de Québec rapporte que
Jacques Cheval de la rue St- Louis demanda à Nicolas
Duverny dit St-Germain de se montrer le bout du nez afin de
régler certains comptes.
Voilà tout ce que je sais du
séjour de nos ancêtres à Québec.
Nous savons que la famille Cheval est de
retour dans la région montréalaise en 1736. Le 8
avril de cette année, Paul-Marie, neuvième enfant
de Jacques Joseph Cheval et de Marie Renée Cousineau,
est baptisé par Monsieur Matis, prêtre de la
paroisse de St-Laurent. Ce fils sera inhumé le 30
janvier 1737 dans le cimetière des pauvres de
Montréal. Le 24 octobre de la même année,
naît Cécile. Elle sera inhumée le 20
août 1738, le lendemain de son décès, dans
le cimetière des grandes personnes en présence de
sa mère. Viennent ensuite Véronique, née
le 7 août 1739 et inhumée le 13 août 1740
dans le cimetière des pauvres et Marie-Joseph,
née le 2 février 1741 et inhumée le 25
août de la même année dans le
cimetière éloigné de
l’église.
Le 26 avril 1741, par-devant
François Simonnet, notaire royal de la ville et
juridiction de Montréal, Toussaint Rebou dit
Léveiller, l’un des témoins au mariage de
Jacques Joseph, lui signe une obligation de soixante-dix neuf
(79) livres un (1) sol qu’il s’engage à
payer au mois suivant.
Le 3 juillet 1741, cette fois devant le
notaire Louis Claude Danré de Blanzy, Jacques Joseph et
Marie Renée constituent une rente dite
perpétuelle à Françoise Martineau, veuve
de Léonard Canien dit Desgranges.
Le 18 juillet 1741, Jacques Joseph est de
retour devant le notaire François Simonnet. Le paiement
de l’obligation que Toussaint Rebou dit Léveiller
avait signée en avril de la même année est
reporté au mois d’août suivant. De plus,
trente-trois (33) livres dix (10) sols sont ajoutés
à l’obligation. Cette somme ayant
été prêtée par Jacques Joseph
à Toussaint Rebou pour ses besoins et ceux de sa
famille.
Le 29 mai 1742, par contrat signé
par le notaire B. Janvrin dit Dufresne, Jean- Baptiste
Cousineau et son épouse Catherine Hay, frère et
belle-sœur de Marie Renée Cousineau, vendent
à notre ancêtre, pour la somme de huit cents (800)
livres, une terre de trois arpents de front sur toute sa
profondeur située Côte des Vertus sur
l’île de Montréal. Cette terre est
limitée au nord par la rivière des Prairies, au
sud par la ligne de la Côte des Vertus, d’un
côté par Jean-Noël Cousineau et de
l’autre par Jean-Baptiste Cousineau.
Le 7 janvier 1743, à
l’âge de quarante (40) ans, Marie Renée
Cousineau meurt et est inhumée le même jour dans
le cimetière près de l’église. Aucun
membre de la famille ni amis ne seront présents à
cette cérémonie.
Après dix-sept (17) années
de mariage, Jacques Joseph reste seul pour élever quatre
(4) fils qu’il lui reste et voir à leur
établissement.
Jacques est alors âgé de
quinze (15) ans, Paul Antoine François de quatorze (14)
ans, Pierre-François de treize (13) ans et Pierre Joseph
de douze (12) ans.
C’est sur cette note de tristesse
que se termine la première partie de la vie de Jacques
Joseph. Nous verrons plus tard ce qu’il accomplit durant
la seconde partie de sa vie.
Après le décès de
Marie Renée Cousineau le 7 janvier 1743, Jacques Joseph
ne perd pas son temps. Le 18 mai de la même année,
après quatre (4) mois de veuvage, il se retrouve devant
le notaire Louis-Claude Danré de Blanzy pour y signer un
contrat de mariage avec Geneviève Leduc, fille de
Charles Leduc et Angélique Chevalier. Jacques Joseph est
alors âgé de quarante-six (46) ans et sa future
épouse est âgée de 38 ans. Du
côté de Jacques Joseph il n’y a qu’un
seul témoin : son ami Toussaint Rebou. Quant à
Geneviève, elle est bien entourée. Son
frère Joseph, sa sœur Madeleine, sa tante
Geneviève Chevalier, son beau-frère
François Maurice dit Lafantaisie et ses amis Magdeleine
Dumouchel et Jacques-Urbain Maurice sont présents.
Neuf jours plus tard, le 27 mai, ils
reçoivent la bénédiction nuptiale à
l’église Notre-Dame. À cette occasion,
Geneviève Leduc déclare ne pas savoir signer
alors que son père Charles Leduc, son beau-frère
François Maurice dit Lafantaisie ainsi que Justin Morise
et Élie Legros signent en tant que témoins pour
la mariée. Outre Jacques Joseph Cheval, Toussaint Rebou
et Jacques Cheval fils signent également en tant que
témoins de l’époux.
Jacques Joseph Cheval et Marie
Renée Cousineau s’étant mariés en
communauté de biens selon la Coutume de Paris,
l’article 241 de cette Coutume requiert un inventaire des
biens de la communauté au décès de
l’un des conjoints. C’est le 18 mai 1743 que
Jacques Joseph Cheval retient les services du notaire
Louis-Claude Danré de Blanzy afin de dresser cet
inventaire. À cette occasion, tous les meubles,
vêtements, bijoux, accessoires de ménage, livres
ou décorations doivent être inventoriés.
Chaque objet est évalué et des estimateurs lui
donnent une valeur monétaire. Ce 18 mai 1743, cette
tâche est confiée à Charles Renaud et Paul
Taxier.
Le 6 août 1743, Jacques Joseph
Cheval porte plainte auprès du lieutenant
général contre Maurice Wredon fils pour voie de
fait et excès et tout ce qui s’en est suivi,
commis le lundi précédent par Monsieur Wredon sur
la personne de notre ancêtre. Le lendemain, 7 août,
devant le notaire Danré de Blanzy, les deux
protagonistes signent un accord. Maurice Wredon rembourse
à Jacques Joseph Cheval les frais encourus et
s’engage à faire dire une messe solennelle, le
cinq janvier suivant, pour le repos de l’âme de
Marie Renée Cousineau. De son côté, Jacques
Joseph abandonne toutes poursuites contre Maurice Wredon.
Le 20 septembre 1743, en
l’étude du notaire Jean-Baptiste Adhémar,
Jacques Joseph signe un engagement de cinq (5) ans pour son
fils Pierre-François auprès de Pierre Austin dit
Martineau, forgeron.
Le 8 septembre 1744, Jacques Joseph
Cheval achète de Jean-Baptiste Cousineau, frère
de Marie Renée, un arpent de terre de front sur deux de
profondeur situé sur la Côte des Vertus.
En octobre 1744, Jacques Joseph et ses
fils Paul Antoine François et Jacques sont de retour
dans la ville de Québec. En date du 7, Jacques Joseph
place son fils François comme apprenti auprès de
Pierre Lenclu, maître cordonnier. Pierre Lenclu
n’est pas un inconnu pour la famille Cheval
puisqu’il est le parrain de Pierre-Joseph, le
cinquième enfant du couple Cheval-Cousineau. Le contrat
est d’une durée de trois (3) années
entières et consécutives. Jacques Cheval fils
signe comme témoin à ce contrat passé
devant le notaire Pinguet.
Le 4 décembre 1744, Jacques Joseph
signe un brevet d’apprentissage du métier de
menuisier pour son fils Jacques, avec Jean-Baptiste Couturier
dit Bourguignon. Le contrat, passé en
l’étude du notaire Danré de Blanzy, est
d’une durée de quatre années.
L’entente n’est pas concluante puisque le 11
février 1745, encore en l’étude du notaire
Danré de Blanzy, un nouveau brevet d’apprentissage
est conclu avec Antoine Lenoir.
Jacques Joseph Cheval et Geneviève
Leduc auront six (6) enfants. Le 7 novembre 1744 naît le
premier enfant du couple. Il est baptisé le même
jour et reçoit le prénom de Michel. Le 7 janvier
1746, c’est au tour de François-Xavier de voir le
jour. Il sera baptisé le lendemain. Viennent ensuite
Paul-Joseph né le 23 novembre 1747 et baptisé le
lendemain, Basile-Joseph né le 4 janvier 1749 et
inhumé le 13 janvier 1749. Les deux dernières
sont Catherine née le 11 décembre 1751,
baptisée le lendemain, et Louise née en 1754.
Selon l’historien Roland-J. Auger,
c’est au début des années 1740 que notre
ancêtre obtint le poste de garde du port. Il se devait de
surveiller le havre, la rade et les embarcations afin de
s’assurer que les règlements y étaient
observés.
En 1750, Jacques Joseph Cheval devient
huissier du Conseil supérieur avec résidence
à Montréal. Il exerce ce travail
jusqu’à son décès survenu le 13
décembre 1757 à Montréal.
Le 26 février 1759, à
St-Vincent-de-Paul, Geneviève Leduc épouse Jean
Migneron, veuf de Marguerite Huneault.
FIN
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